la Bataille où paraissent les gardes du corps du roi de Joseph Parrocel

Publié le par APPHM

C’est le 15 avril 1685 que ce tableau, peint par Joseph Parrocel, est installé au-dessus de la cheminée de la salle des gardes du Petit Appartement du roi à Versailles, où il se trouve encore aujourd’hui. Joseph Parrocel (1646-1704) est un célèbre peintre de bataille dont le style vif et expressif plait beaucoup à Louis XIV, bien que, fait singulier, il ne fasse pas partie de l’équipe officielle des peintres du roi. A partir de 1683 Louis XIV, dont la cour est tout juste installée à Versailles, décide d’aménager dans l’angle sud-ouest de la cour de Marbre, un appartement plus usuel que le Grand Appartement des planètes, réservé aux fêtes et occasions exceptionnelles. Il prendra le nom de Petit Appartement. Le décor peint de la salle des gardes et de la première antichambre est alors confié à Joseph Parrocel. Celui-ci réalise à cette occasion onze toiles de batailles pour la première antichambre (livrées entre 1685 et 1687),  et une pour la salle des gardes.

 

GardesduCorpsParrocel


La composition audacieuse nous montre une charge de la cavalerie française, en vue frontale, sur des ennemis dont les chevaux s’écroulent au premier plan. Cavaliers et soldats forment une masse enchevêtrée et confuse ponctuée de quelques touches de couleurs vives et tranchées, typiques de Parrocel. Les combattants portent des tenues variées, l’uniformisation des habits militaires, surtout pour les officiers, ayant mis du temps à se mettre en place. En revanche, on ne peut manquer de reconnaître l’uniforme des gardes du corps du roi, bleu bordé d’argent, à la culotte rouge et à la bandoulière en travers de la poitrine, marque de leur fonction. Les gardes du corps, répartis en quatre compagnies, est une unité de cavalerie d’élite. Au quotidien, ils protégent le roi et gardent les lieux où il se trouve mais ils pouvent aussi participer activement aux batailles. La salle des gardes est leur salle de service à la cour, et ce tableau rappele également leurs exploits guerriers qui sont un autre pendant de leur fonction. Quant à leurs adversaires représentés ici, leurs habits ne permettent pas d’y reconnaître une nation particulière, mais évoquent de façon abstraite les ennemis du roi.

 

Salle des gardesRoi

 

Considérée avant tout comme un élément décoratif, l’œuvre semble d’ailleurs n’avoir jamais reçu de titre définitif, si ce n’est descriptif. La toile est nommée simplement dans l’inventaire Bailly (1709-1710) « Bataille où paraissent les Gardes du Roy ». Malgré une identification tardive et fautive en temps que représentation de la bataille de Leuze (1691), cette œuvre n’évoque en réalité aucune action militaire en particulier, mais symbolise de façon presque allégorique la vaillance et l’éclat des gardes du corps sur le champ de bataille. Il faut attribuer cette particularité, qui dérouta plus d’un de ses contemporains, à Parrocel lui-même, qui choisit une évocation abstraite alors que la récente guerre de Hollande ne manque pas d’exemples pour évoquer la puissance militaire du roi. Choix d’autant plus étonnant quand on sait que Parrocel lui-même vient de terminer sur ce thème les peintures murales des réfectoires de l'Hôtel des Invalides.

 

M.V.

Publié dans l'Objet du mois

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