la Statue de Dominique Larrey

Publié le par APPHM

Le promeneur qui arpente machinalement les rues du quartier de Port-Royal, à Paris, ne prête pas nécessairement attention à la petite cour qui s’ouvre sur le Val-de-Grâce. Outre l’abbaye à la célèbre coupole décorée par Pierre Mignard au XVIIe siècle, se trouvent bien entendu l’hôpital militaire mais aussi le musée du Service de Santé des Armées, ouvert à tous, dont les collections retracent plusieurs siècles de progrès médicaux. 

Ce petit texte est donc dédié à l’un des plus illustres chirurgiens militaires français. Ainsi, si le visiteur ose franchir la grille ouverte, il pourra découvrir, légèrement en retrait dans la cour de l’institution, la statue du baron Dominique-Jean Larrey (1766 – 1842), le célèbre chirurgien en chef de la Grande Armée de Napoléon Ier. 

 

Dominique Larrey

 

L’œuvre élevée par souscription nationale est du grand sculpteur Pierre-Jean David d’Angers (1788 – 1856), auteur, entre autres, du fronton du Panthéon et dont la majeure partie de la production est marquée par les effigies commémoratives des grandes personnalités de l’histoire. Réputé pour la qualité de ses portraits et pour sa maîtrise de la statuaire monumentale, David d’Angers est parvenu à résumer la vie et les principales actions de Larrey entre la statue proprement dite et son piédestal. En effet, une plaque vous donne les différents titres de l’auteur de passionnants Mémoires, qui fut chirurgien des armées, inspecteur général du service de santé militaire, baron de l’Empire, commandant de la Légion d’Honneur, membre de l’Institut de France, de l’Institut d’Egypte, de l’académie de Médecine, du conseil de salubrité de la société médicale d’émulation et professeur au Val-de-Grâce. Derrière Larrey, un tube de canon est gravé des noms des campagnes et des multiples batailles auxquelles l’inventeur des fameuses « ambulances volantes » a participé, tandis que le piédestal porte sur ses quatre faces des bas-reliefs le montrant en pleine action auprès des blessés de tous grades et de toutes nationalités, amis ou ennemis d’alors, dans la victoire comme dans l’adversité. Le plus surprenant en effet est de se trouver directement confronté à la Bérésina (1812) de face, tandis que les côtés et l’arrière du piédestal présentent les Pyramides (1798), Austerlitz (1805) et Somo-Sierra (1808). Peut-être est-ce le moyen de montrer avec quel dévouement Larrey accomplissait son devoir humanitaire quelles que soient les circonstances : « On trouvait Larrey, dans la saison la plus dure, à toutes les heures du jour et de la nuit, au milieu des blessés » (propos de Napoléon au docteur Barry Edward O’Meara à Sainte-Hélène).

 

Vêtu de son uniforme de chirurgien en chef de la Grande Armée, fixant le lointain comme s’il embrassait du regard un champ de bataille et des hommes à sauver, Larrey est représenté à la fois en tant qu’homme d’action (le socle comporte un tronçon de sabre brisé et un boulet de canon à ses pieds, symboles de son courage puisqu’il n’hésitait à intervenir au milieu des combats), mais aussi dans son rôle médical – il retient de sa main gauche ses instruments opératoires (pince, scie à amputer…) –, et enfin en tant qu’homme de science et enseignant, comme l’attestent les livres posés sur la bouche du canon et le rouleau de papier qu’il tient à la main.

Celui que Napoléon nomme dans son testament « l’homme le plus vertueux que j’aie connu » et que l’on surnommait « la Providence du soldat » veille sur le Val-de-Grâce, drapé dans son manteau, figure à la fois modeste et marquante du progrès chirurgical.

 

A.N.

Publié dans l'Objet du mois

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